Vers la fin des années 1980, Taïwan a vécu une importante crise des déchets et ce, à cause du manque d’espaces de stockage. 10 ans plus tard, en 1990, le recyclage des déchets figurait parmi ses priorités et aujourd’hui, il est un modèle mondial en matière de recyclage et de tri sélectif des déchets. Un modèle dont la France devrait s’inspirer et ce, pour diverses raisons.

La culture du tri : chacun met la main à la pâte

A Taïwan, trier les déchets et les recycler est un rituel bien ancré dans la culture de ses habitants. Chacun participe donc et respecte soigneusement les bons gestes à faire. Dans la capitale par exemple, à Taipei, tous les habitants sortent de leur maison tous les jours pour attendre patiemment le passage du camion de ramassage des ordures ménagères. Quand le camion est enfin là, chacun jette ses sacs dans les bennes motorisées.

Pour ceux qui ne peuvent attendre le camion à cause de leur emploi du temps, des postes de concierge ont été créés spécialement pour s’acquitter de cette tâche à leur place.

Désormais, toute la population, petits et grands, sait à quoi servent ces camions jaune canari qui amusent, attirent l’attention et que les touristes aiment prendre en photo. Ils sont la preuve vivante du modèle de tri et de recyclage des déchets que Taïwan a adopté. Une manière originale et ludique qui donne envie de s’y mettre à son tour.

Des objectifs de plus en plus importants à atteindre

Pour que la crise de 1980 ne revienne plus, le gouvernement taïwanais a intégré le recyclage des déchets dans une politique de « zéro déchet et zéro enfouissement ». Celle-ci a pour ambition de renforcer chaque année le taux de recyclage ce qu’il a d’ailleurs déjà commencé. En effet, en 2007, ce taux était de 25 % pour grimper à 40 % en 2011 et à 75 % en 2020 espère-t-on.

Pour maintenir cette évolution, les habitants ne sont pas les seuls à participer puisque d’autres mesures législatives et fiscales ont également été instaurées. Parmi elles, on peut citer :

  • La création de circuits de réutilisation des déchets alimentaires dans l’agriculture locale
  • La réduction des emballages plastiques dans l’industrie
  • La production de tasses et baguettes réutilisables, …

Un fond national pour la collecte et le recyclage des déchets

Ce sont les producteurs d’emballage qui se chargent de constituer ce fond national et ce, toujours dans un geste citoyen. Grâce à ce budget, Taïwan affiche :

  • Un taux moyen de recyclage de 55 %, voire 67 % pour la capitale
  • Une production constante de déchets entre 2000 et 2010 malgré l’augmentation de la population

En renflouant ces caisses, les producteurs, distributeurs et importateurs prennent en charge la gestion des déchets et respectent une politique d’écoconception et de recyclage.

Taiwan : un modèle en recyclage des déchets

Le cas de la France

En comparaison avec ce modèle, la France qui dispose également d’un fond national pour la collecte de déchets affichait un taux moyen de 60 % en 2010. Un chiffre supérieur à celui de Taïwan, mais qui dissimule de grandes variations selon le type de déchets. Ce taux de recyclage est de :

  • 88 % pour les déchets papier-carton
  • 71 % pour les déchets de verre
  • 23 % pour les déchets plastiques

La Métropole figure donc parmi les pays les plus médiocres en termes de recyclage des déchets plastiques. Elle a toutefois pris des mesures pour remédier à cette situation et a lancé depuis le 1er janvier de cette année un élargissement de ses consignes de tri.

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Les points forts de la politique taïwanaise

Pour en être arrivé à d’aussi bons résultats, Taïwan a multiplié les efforts en matière de tri, de collecte et de recyclage des déchets. Les mesures essentielles sont :

  • L’incitation de la population à adopter des comportements responsables :

Différentes mesures ont été appliquées telles que la création d’un timbre fiscal sur les sacs poubelles, le contrôle strict de la classification des déchets, la variation de la redevance d’enlèvement des déchets selon leur poids, les amendes en cas de non respect des consignes. Pour ancrer la culture du tri dans les mentalités, l’EPA (agence de protection de l’environnement taïwanaise) a utilisé un budget de 38 milliards d’euros et une main d’œuvre de 15 000 employés. Même si les résultats sont déjà excellents, le pays ne compte pas s’arrêter en si bon chemin et innove chaque année d’autres moyens d’incitation afin de faire perdurer la tendance.

  • La participation de la population à l’amélioration de la politique des déchets :

Pour optimiser les résultats, le gouvernement ne joue pas les décideurs. Il invite la population à participer à l’amélioration de la politique des déchets déjà existante. Pour ce faire, des enquêtes sont menées régulièrement. Ce fut notamment le cas pour déterminer l’heure de passage des camions d’ordures et pour trouver la meilleure manière afin de réinjecter le biogaz issu de la méthanisation des circuits de consommation énergétique des villes.

  • L’ouverture d’une installation de collecte intelligente des déchets :

Cette mesure est toute récente puisqu’elle ne date que de janvier 2017. Le groupe français Carrefour en est l’instigateur. Rappelons qu’il dispose de 86 magasins sur l’île. Cette installation baptisée SIGUREC a été développée en 2014. Elle a pour but de récupérer les matériaux recyclables et de fournir, en retour, des bons de réduction à ceux qui se prêtent au jeu. Le montant du bon dépend du poids des matériaux collectés.

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