Sofia Ashraf est une jeune rappeuse Indienne militante. Elle a récemment sorti un nouveau tube sur internet le 30 juillet dernier. La vidéo a tout de suite eu du succès non seulement à cause de la notoriété de la chanteuse, mais aussi parce qu’elle dénonce la pollution au mercure perpétré par Unilever à Kodaikanal.

du rap pour attirer l’attention sur la pollution au mercure

Kodaikanal

Il s’agit d’une ville montagneuse qui se trouve dans le sud de l’Inde. Kodaikanal est réputée pour être une station touristique très appréciée de ceux qui souhaitent fuir la forte chaleur estivale. Il y a cependant une ombre au tableau puisqu’une pollution au mercure a été décelée dans la région. Pollution que les habitants doivent à la multinationale, Unilever.

Comment du mercure a-t-il atterri jusque-là ?

En 1983, l’entreprise de cosmétique Pond’s met en place une usine de fabrication de thermomètres au mercure à Kodaikanal. En 1997, cette usine a été rachetée par Hindustan Lever qui n’est autre qu’une filiale d’Unilever. Ce n’est que quatre ans plus tard que les habitants de la région ont découvert une décharge abritant les déchets de l’usine. Les habitants n’ont posé aucun problème suite à cette découverte puisqu’Unilever leur a permis d’acheter ces déchets à bas prix pour qu’ils puissent les recycler autrement. Les acheteurs étaient des recycleurs locaux qui travaillaient sans tenir compte des règles environnementales et surtout en ignorant que ces déchets contenaient du mercure. Face à cette ignorance, Greenpeace a immédiatement réagi et est venu soutenir les travailleurs et les habitants. C’est en partie grâce à elle si l’usine a fermé ses portes.

Le mal est fait

Même si l’usine a depuis fermé ses portes, le mal est fait puisque la région est déjà polluée par le mercure. Le pire c’est que les ouvriers qui travaillaient à la décharge et au sein de l’usine ignoraient qu’ils manipulaient au quotidien du mercure. Une ignorance qui semblait arranger Unilever puisqu’elle n’a jamais fourni les équipements de sécurité nécessaires à ses travailleurs alors qu’elle savait pertinemment que ce produit était très dangereux. Un ouvrier confie qu’il a travaillé dans l’usine sans avoir été mis au courant des dangers relatifs au mercure, sans protection et sans eau et savon pour se laver avant de rentrer le soir. Conséquence : il a emmené le mercure chez lui et a contaminé sa famille et tous ceux qui l’approchaient. Les ouvriers et les habitants ne sont pas les seuls en cause puisque c’est toute la région, le lac de Kodaikanal compris, qui est aujourd’hui contaminée selon les résultats de l’étude lancée par le ministère de l’énergie atomique. Les chercheurs ont fait des prélèvements sur le lac, la mousse des arbres de la région, les lichens, les poissons, … et tous affichaient un taux élevé de mercure.

Des morts et des malades

Cette contamination au mercure a depuis entraîné la mort de 45 travailleurs de l’usine. Ceux qui ont survécu ne vont pas mieux puisqu’ils souffrent d’empoisonnement sans compter les enfants qui ont été contaminé soit par l’environnement soit par leurs parents.

Unilever tarde à agir

Pour essayer de se disculper face à ces accusations et ne pas avoir à payer des indemnités aux anciens travailleurs et à leurs familles, Hindustan Lever a d’abord commencé par faire faire un contrôle médical sur ses salariés en mars 2001. Ce contrôle a mis en exergue qu’aucun salarié n’était malade à cette époque et que donc, l’empoisonnement ou le décès survenus chez quelques-uns de ses anciens salariés n’a aucun lien avec le mercure qu’il utilise. Greenpeace ne s’est toutefois pas laissé faire et a fait pression sur la multinationale pour qu’elle prenne ses responsabilités. Unilever a finalement accepté de nettoyer son ancien site, mais pour Greenpeace, cette action vient un peu trop tard et ne suffit pas pour réparer ce qu’elle a fait.

Un rap pour faire pression sur Unilever

Face à une multinationale réticente à avouer et reconnaître ses torts, Sofia Ashraf a décidé de dénoncer les agissements de cette dernière dans un clip baptisé « Kodaikanal Won’t ». Depuis qu’il a été publié, plus de trois millions de personnes l’ont visualisé. Pour renforcer les dires de ce rap, une pétition rassemblant plus de 80 000 signatures a été diffusée par l’ONG indienne Jhatkaa. Ces nouvelles attaques ont fini par décider Paul Polman, PDG d’Unilever, à prendre de plus grandes responsabilités. C’est dans un communiqué qu’il a publié sur twitter qu’il a annoncé que la multinationale essayait de trouver la solution pour dépolluer Kodaikanal. Malgré cette bonne nouvelle, Unilever ne semble toujours pas croire que son mercure est bien la source de cette pollution, de ces empoisonnements et de ces décès.

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