Le recyclage du béton n’est pas nouveau, mais n’a que très peu d’intérêts pour les professionnels du bâtiment. La loi sur la transition énergétique les encourage pourtant à intégrer le béton recyclé dans leurs activités ce qui n’est simple que sur le papier. Dans la pratique, ils se heurtent effectivement à différents problèmes, surmontables certes, mais à quel prix ?

Le recyclage du béton

Aujourd’hui en France, 62 % des déchets de bétons sont valorisés pour la construction de routes et le remblaiement des carrières. Les professionnels réunis durant les Rencontres bétons pensent toutefois qu’ils pourraient servir à des projets plus importants. Ils retiennent toutefois quelques problèmes auxquels il faudrait remédier pour atteindre le taux de 70 %.

Pour informations, il faut savoir que sur les 350 millions de tonnes de granulats fabriqués en France par année, les 20 millions de tonnes, soit 8 % sont issus du recyclage. Pour ce qui est du taux de substitution de matières vierges par des granulats recyclés, il se situe entre 5 à 90 % selon les types de bétons et les entreprises.

Deux impératifs contradictoires

Des freins identifiés au recyclage du béton

La démolition engendre plus de 20 millions de tonnes de déchets de bétons par an en France. Les acteurs du BTP essaient tant bien mal de ré-incorporer 70 % de ces déchets dans la construction et de les revaloriser comme le veut la loi sur la transition énergétique, mais ils avouent que ce n’est pas toujours chose aisée. En effet, entre vouloir renforcer le recyclage du béton et améliorer la durabilité des bâtiments construits, il y a comme une contradiction. Les professionnels ne savent donc plus sur quel pied danser et selon Laurent Izoret, de l’Association technique de l’industrie et des liants hydrauliques, il faut leur laisser le champ libre pour le choix de leur stratégie technico-économique.

Les principaux freins identifiés

Les professionnels ont identifié quatre freins principaux à l’utilisation du béton recyclé :

  • la conformité des matériaux provenant de la démolition ou de la déconstruction :

Selon les professionnels, choisir des granulats de bonne qualité est impératif pour construire en toute sécurité. Leur choix doit également se faire en fonction du type d’ouvrages à édifier puisqu’ils doivent correspondre à certains critères tels que la plasticité, la résistance ou les parements. Le problème avec les déchets c’est qu’il est difficile de savoir s’ils sont conformes aux exigences qualité de la construction.

  • le tri du gisement :

Le second frein concerne le tri des matériaux surtout suite à une démolition. En effet, lorsqu’on démolit un bâtiment, les matériaux tombent pêle-mêle de manière non sélective. Résultat : le recyclage devient plus difficile puisqu’au béton se mélangeront les briques, le plastique, le bois et tout autre matériau provenant du bâtiment.

La déconstruction, elle, pose moins de problèmes, mais exige toutefois beaucoup plus de temps. Cela consiste effectivement à retirer, un à un, les différents éléments composant le bâtiment afin qu’ils soient le plus pur possible.

  • la norme béton qui doit évoluer :

Pour les entrepreneurs, il y a aussi non adéquation entre la norme béton actuelle et l’usage de granulats recyclés. Ils soulignent qu’en intégrant à leur processus des matériaux non-traditionnels, ils sortent du contexte normatif. Ils souhaitent alors que la norme soit révisée pour que les matériaux recyclés cadrent avec les exigences de stabilité et de résistance mécanique des bâtiments.

  • les coûts élevés des matériaux recyclés :

Il s’agit également d’un frein énorme puisque contrairement aux attentes des professionnels, les matériaux recyclés coûtent plus cher que les matériaux vierges. De ce fait, combien même la loi les obligerait à utiliser des graviers recyclés, la question du coût reste un problème de taille.

Un nouveau guide bientôt

L’institut de recherche expérimental pour le génie civile a lancé un projet de recherche collaboratif pour trouver de nouvelles technologies. Cette étude réunit 47 partenaires et a nécessité un budget de 4, 7 millions d’euros. Elle devrait s’achever au mois de décembre prochain et proposera aux professionnels du BTP diverses recommandations professionnelles réunies dans un guide.

Selon Laurent Izoret, la recherche a permis de déterminer que le béton peut être recyclé plusieurs fois pour obtenir des graviers, mais aussi du sable qui représente d’ailleurs 50 % du béton concassé. La filière devrait alors tenir compte de cette fraction sableuse.

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