D’après la loi sur la transition énergétique d’août 2015, 70% des déchets issus du bâtiment doivent être valorisés d’ici 2020. Un projet intéressant et dont la réalisation est fortement attendue, mais malheureusement, la filière de valorisation a beaucoup de mal à se mettre en place. L’Ademe a donc profité des Journées Techniques Nationales déchets des 28 et 29 juin dernier pour dévoiler son étude concernant les freins et les leviers au réemploi des matériaux de construction.

Le réemploi

Cela consiste à utiliser des produits ou des matériaux provenant de la déconstruction des bâtiments tout en faisant en sorte d’en conserver la forme et la matière. Le réemploi vise à :

  • réduire les déchets
  • liquider les invendus ou le surplus de commande
  • réduire l’utilisation de nouvelles matières premières

Briques issues de la déconstruction

Réemploi Vs Recyclage

Tous les deux visent à réduire l’utilisation de nouvelles matières premières et de réintégrer des « déchets » dans la production, mais le recyclage nécessite beaucoup plus d’énergie puisqu’il nécessite la récupération d’une partie du produit et sa transformation en un nouveau produit avant d’être réutilisé.

La mise en place du réemploi

Les déchets du BTP sont la priorité n°1 du Programme National de Prévention des Déchets 2014-2020. Pour respecter cela, il est primordial de mettre en place leur valorisation et leur réemploi. Pour ce faire, la mise en place d’une procédure est recommandée. Celle-ci se compose de différentes étapes pouvant aider les responsables de chantier ou les entreprises du BTP.

  • Le diagnostic : cela consiste à connaître la structure et la composition du bâtiment afin de pouvoir identifier quelles sont les matières qui vont pouvoir être revalorisées
  • La prescription : que peut-on réaliser avec les matériaux récupérés ? Les réponses doivent correspondre aux réglementations en vigueur et à la nature de la matière récupérée
  • La préparation : la démolition peut commencer avec, en parallèle, le tri des matériaux à récupérer et leur stockage
  • La mise en œuvre : cette étape nécessite un savoir-faire artisanal puisque consiste à transformer les matériaux récupérés. Leur transformation peut être faite sur place ou sur un autre site et donc prévoir un transport

Des freins liés à sa réalisation

En théorie, le réemploi semble simple et facile à mettre en place, mais de nombreux freins demeurent encore dans la pratique. L’Ademe a travaillé pour les déterminer et a identifié 23 freins dont 14 rattachés au bâtiment et 9 liés aux travaux publics. D’une manière globale, ils proviennent de différents domaines : économiques, juridiques, environnementaux, techniques, sanitaires ou même relatifs aux acteurs eux-mêmes qui ne sont pas encore habitués au concept du réemploi.

Les problèmes principaux

De cette analyse, l’Ademe a déterminé trois freins majeurs à la mise en œuvre du réemploi :

  • Le marquage CE et la déclaration de surveillance : le BTP est régi par de nombreuses normes que ses acteurs doivent respecter que ce soit dans la construction première ou le réemploi. Le respect de ces normes est toutefois compliqué pour la réutilisation de matériaux qui n’étaient pas destinés à cette fin. De ce fait, pour supprimer ce problème, soit les normes doivent évoluer soit ce sont les matériaux de construction qui doivent être pensés pour un réemploi futur dès leur fabrication
  • L’usage du produit de dépose : à la construction d’un bâtiment, le constructeur doit respecter la garantie décennale tandis que le maître d’ouvrage doit assurer la garantie dommage ouvrage. Le réemploi d’un matériau n’exige toutefois pas ces assurances ce qui peut engendrer différents risques pour la santé ou la sécurité
  • La sensibilisation des acteurs : même si cela fait près d’un an que le réemploi est entré en vigueur, la majorité des acteurs de la construction ignore encore ce qu’il en est réellement. Mener une sensibilisation s’avère donc nécessaire en prévoyant une bonne organisation et coordination des différents acteurs qui ne se connaissent pas forcément. Leur faire comprendre les avantages du réemploi est une nécessité pour atteindre les objectifs fixés

Ce qu’il convient de faire

L’Ademe ne s’est pas limitée à dévoiler les différents freins au réemploi, mais propose également différentes actions à adopter pour la valorisation des déchets du BTP. 37 actions ont été présentées et regroupées sous cinq types de leviers d’action à savoir :

  • Outils, procédures et textes techniques
  • Exemplarité c’est-à-dire des retours d’expérience, une labélisation, une utilisation de relais, des subventions d’action
  • Réglementation sur les plans techniques, fiscaux et juridiques
  • Soutien aux entreprises et meilleure structuration des différents acteurs du secteur
  • Développement des compétences à travers des formations et des sensibilisations

Si ces leviers sont respectés, les objectifs pour 2020 seront atteints. Ils permettront la mise en place des conditions de réemploi, la création de nouvelles opportunités et le renforcement des prescriptions des matériaux et produits de réemploi.

Les mesures déjà prises

Pour réduire ces freins et les supprimer, divers projets et outils sont déjà en cours de développement pour d’abord réduire les déchets à la source et ensuite soutenir et accompagner les acteurs du réemploi.

L’usage de poubelles de tri peut dans un premier temps, permettre de réduire les déchets.

L’Ademe, collabore également au projet BAZED qui vise à penser aux déchets et à leur mode de gestion dès le début de la conception du bâtiment.

Sur le site de l’agence, il est possible de retrouver différentes recommandations pour réduire ses déchets et ce, à tous les niveaux du bâtiment.

Si, à première vue, le réemploi ne semble pas cadrer avec la réglementation, il est fortement conseillé puisque peut réduire jusqu’à 50 % le budget de construction. Il présente également de nombreux avantages pour l’environnement.

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